Cimetière
François de Singly
Il
n’y a plus de saison ! Nous sommes en février, rue de Bourgogne
à Orléans et nous nous rendons dans un cimetière.
De longs couloirs avant d’arriver aux tombes de la civilisation,
dessinées par Nicolas Royer. Là de petites dalles, en couleurs,
violemment mais irrégulièrement éclairées
par des néons. Ici reposent les déchets. Un sac poubelle
qui déborde, des emballages perdus, du polyuréthane à
profusion. Formes sans signification. On se recueille, on cherche dans
sa mémoire des souvenirs des bons moments autour de la table à
manger tout ce qu’on avait déballé, on a oublié,
qu’importe, il suffit de recommencer, les temples de la consommation
nous attendent encore et encore.
Eclatent alors des sons. Comme des déchets de la vraie vie, des
portes et des soupirs, mis en musique par Paul Laurent. De temps en temps
la bande s’emporte et l’orage gronde. C’est le rappel
d’une menace possible, les lendemains qui ne chanteront plus, la
croissance finissant dans le caniveau. Point de lune et pas de romantisme,
le néon cru pour souligner, comme dans un étal de supermarché,
la fraîcheur des produits exposés ; ce ne sont pas de vieux
emballages, la tentation du vintage n’est pas au rendez-vous. Le
cimetière n’est pas une brocante : le père Lachaise
a chassé papy Brossard et mamie Nova.
Nous sommes des morts vivants, maintenus en survie artificielle par des
fils, par des perfusions (pas encore sponsorisés) qui traînent
sur le sol laqué gris. Des fils ou des vers qui grouillent ? Qui
s’avancent pour sonner la décomposition. Nous sommes en-glu-és
dans le trop de produits – tel est le titre de l’exposition,
glu-xx.
Cette suite à la Suite au Kebab, présentée dans la
collégiale Saint-Pierre Le Puellier, met en espace l’u-topie
de la décroissance. Ce qui nous menace ne vient pas du Sud ou de
l’Orient. Le mythe du progrès a dérivé en pro-gras,
à tel point que le light est proposé en carême permanent
pour ceux et celles qui veulent résister sans renoncer à
Satan des mac-carrefours. L’inconsistant s’associe en alternance
au léger et au lourd, tout pour oublier les Lumières. Soyons
fous, soyons déraisonnables, reprenons encore un triple hamburger
! A ta santé !
Nicolas Royer n’est pas idéologue, c’est un artiste.
Il vide les poubelles sur nos têtes, nous laissant nous demander
ce qui arrive, ce qui nous arrive. D’où un certain désappointement
quand on arrive au cimetière de la Glu-xx. Et quand on en repart,
secoué par la musique de Paul Laurent et l’installation de
Nicolas Royer, on n’est pas fier, persuadé que la beauté
ne peut être qu’intérieure.
Février
2007 |